Rencontres Sciences et Société au Royal Parc Evian du 5 au 7 avril 2001

Informatique et connaissance

A considérer la connaissance comme ce qui résoud les problèmes, à prendre le mot problème au plus près de son étymologie (ce qui empêche d’avancer), à constater que la stabilité de nos environnements n’est envisageable qu’à travers la maîtrise de leur constante évolution nous comprenons mieux pourquoi la connaissance est devenue la richesse source de toute valeur dans nos sociétés développées.

Le succès industriel et économique du rationalisme nous a fait croire pendant plusieurs siècles qu’en dehors du savoir il n’y avait pas de connaissance. Cette domination nous a fait oublié que la résolution des problèmes passe bien souvent par deux autres formes de connaissance dont la langue française se souvient parfaitement et qui dépasse largement l’espace étriqué du « Knowledge » anglo-saxon :

  • l’interprétation de l’information qui me permet de « me faire une idée » en lui donnant du sens
  • la mobilisation d’amis, d’alliés, de parents, de collègues, de collaborateurs… en un mot de « connaissances » capables à mes yeux (à ma connaissance) de résoudre mon problème…

La technologie se préoccupe depuis bien longtemps de gérer les savoirs et les données « bien formées » qui y sont associées. Au temps où elle ne savait faire que cela elle parlait de calculateur, de computeur, d’ordinateur. Longtemps le traitement de l’information ne s’est occupé que de compter les mots dans des textes où beaucoup auraient préféré trouver du sens ; la révolution du web, des réseaux, des serveurs, mettant en avant non plus le nombre mais l’information comme espace à exploiter pour y cultiver sa connaissance, a provoqué la naissance d’outils qui accélèrent la prise de connaissance de la richesse potentiellement contenue dans cette bibliothèque universelle. Reste que sans les hommes l’information gît « informe », comme le savoir reste « au secret ». De ces hommes qui portent en eux le sens le plus ancien, le plus utile, les plus riches, le plus universel du mot connaissance les technologies parlent peu ou plutôt mal ; pire ils se « disent » peu à travers elles. Les technologies de représentation de leur opinion restent rudimentaires et il semble que depuis Condorcet nous ayons tous abandonné l’espoir de donner à la multitude le pouvoir de se connaître, de s’exprimer, de s’entendre autrement qu’à travers un calcul excessivement rudimentaire, sur des choix restreints.

Quelques rares entreprises construisent des instruments qui permettront à chacun d’interpréter son rapport aux autres à la fois individuellement et collectivement. Si elles venaient à réussir gageons que l’informatique apporterait aux hommes le moyen de détacher leur rapport communautaire des contraintes de l’espace, de fonder pratiquement l’idéal poursuivi depuis si longtemps d’une démocratie universelle…

2001, par Michel Authier


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