Lutte contre le décrochage scolaire en Italie

Article extrait de la publication "Non perdiamoci di vista"

Nous avons utilisé l’Arbre des Connaissances au sein de classes, en dessinant les contours d’une communauté de savoirs et en favorisant tout d’abord une prise de conscience personnelle à travers le récit de vie et des échanges de compétences ; au cours de ce processus, même les jeunes les moins solides sur le terrain scolaire ont trouvé un espace d’expression très important.

LE PROJET AU COURS DE L’EXPERIENCE AVEC LES JEUNES

ROBERTO LATELLA* * Sociologue - Coopérative Sociale FOLIAS

Dans ce chapitre, nous analyserons l’impact du projet du point de vue des adolescents avec lesquels nous avons travaillé, plus particulièrement des adolescents des collèges et lycées. Ces actions se sont déroulées lors des ateliers sur les arbres de connaissances (au sein de 10 classes et d’un centre de formation professionnelle) et le parcours de Peer Education, articulé entre les ateliers en classe, les activités territoriales et les week-end avec les adolescents des lycées.

Etant donné le caractère expérimental de l’intervention sur les jeunes, et l’approche éminemment participative que l’on retrouve dans les deux méthodes, le regard des jeunes sur le projet a été fondamental, non seulement pour en évaluer l’efficacité, mais pour mieux identifier les cordes que les interventions de cette nature peuvent faire résonner, dans une optique de prévention du décrochage scolaire. Que ce soit dans le cas du travail de la Peer Education, ou dans le cadre de l’application des arbres de connaissances, il y a quatre dimensions à développer, en présupposant que ceci puisse favoriser un rapprochement des jeunes vers l’école et donc fonctionner comme stratégie de prévention du décrochage scolaire.

Les dimensions dont nous parlons, sont :

  • la valorisation des relations horizontales entre jeunes et le développement du sentiment d’auto-efficacité dans la gestion de la relation entre moi et l’autre.
  • le développement de processus de légitimation en environnement scolaire des expériences sociales vécues en dehors de l’école.
  • le renforcement de la capacité à accueillir et diversifier les stratégies éducatives de la part des adultes et de l ‘école.
  • le développement de parcours personnel dynamique qui rendent les jeunes protagonistes de leurs constructions des savoirs sociaux.

Dans cet esprit, les méthodes dont nous parlons sont apparentées aux méthodes maïeutiques , qui met le jeune au centre et fait de sa capacité d’écoute, son atout principal. Une approche qui incite à poser les bonnes questions plutôt que des réponses pré-établies. Pour tous ces motifs, il est indispensable de se mettre en position d’écoute, y compris lorsque vient le moment d’évaluer l’évolution du projet et l’efficacité de la méthodologie elle-même. Les pages qui suivent se proposent donc de présenter et de réfléchir sur les feedback des jeunes, soit dans les moments à proprement parler d’évaluation, soit dans les brainstorming et les produits issus des activités dans lesquels les jeunes ont pu exprimer leur subjectivité.

Laboratoire des Arbres de Connaissances

Les Arbres de Connaissances sont une méthodologie, basée sur la valorisation des savoirs sociaux dans les communautés, née en France en 1992 grâce à Michel Authier et Pierre Levy. L’idée des Arbre de Connaissances consiste à produire et rendre visible un espace partagé par les personnes d’une communauté, centré sur les connaissances portées par chacun des acteurs..

Les Arbres de Connaissances s’appliquent à une communauté de savoirs, c’est-à-dire à un groupe de personnes qui, par territoire, objectifs, habitudes, amitié ou autre chose, forme une grande communauté. Par le biais de l’Arbre, cette communauté est vue à travers le prisme des savoirs et des compétences qui s’y développent. Une communauté de savoirs peut être une classe, un quartier, une coopérative ou une université. « La plupart des groupes humains est constituée en partie des rapports qui mettent en jeu les compétences et les connaissances, au sens large. Chaque collectif humain constitue donc virtuellement une communauté de savoir, mais seulement virtuellement.

C’est la construction de l’arbre de connaissances qui transforme un collectif en communauté de savoirs ».

A l’intérieur de cette communauté de savoirs, les différents acteurs s’attribuent des brevets, c’est-à-dire des habiletés, des savoirs, des compétences relationnelles et tout ce qui peut avoir pour caractéristique d’être contrôlable et transférable. Ces brevets deviennent visibles par une construction graphique faite par un logiciel dans le cas d’une communauté large ou par une forme graphique plus artisanale, dans le cas d’une classe par exemple.

A travers la figure de l’arbre, il devient possible d’identifier un brevet, quels acteurs se le sont attribué et quelle valeur il aura dans la carte des compétences de la communauté. Ces brevets, atomes essentiels des Arbres de Connaissances, vont construire l’arbre de la communauté de savoir et auront une valeur différente, non pas basée sur une organisation hiérarchique de l’importance des savoirs, mais selon le développement et les besoins de la communauté elle-même. Dans la dynamique de l’arbre, les acteurs s’attribuent les brevets, chacun spécifiant comment il l’interprète, tandis que d’autres acteurs demandent qu’il leur soit transmis ou enseigné, à travers un mécanisme d’échanges.

Lorsque l’arbre apparaît, chaque acteur peut vérifier son « blason », c’est-à-dire l’ensemble de ses brevets au sein de cet arbre et de cette communauté de savoirs. Chacun de nous fait évidemment partie de plusieurs communautés, peut par conséquent participer à l’élaboration de plusieurs arbres, et aura autant de blasons, différents les uns des autres parce que chaque communauté de savoirs a une géographie particulière.

La philosophie de fond des arbres part du présupposé que chaque personne possède un très grand nombre de savoirs sociaux, savoirs qui ne trouvent pas leur place dans les formes codifiées de validation des connaissances, reconnaissance confisquée par l’école et quelques autres habilitateurs. Ces connaissances et ces compétences, dont sont porteuses les personnes, se construisent à l’intérieur des expériences sociales et des communautés, mais si elles ne sont pas reconnues par ceux là même qui les possèdent et par ceux qui les entourent, elles perdent une grande partie de leur potentialité, ne sont pas pleinement utilisées, ni valorisées, ni transmises, et ne permettent pas aux individus de restaurer leur estime de soi et une confiance dans leurs propres moyens.

Le processus de reconnaissance de ces compétences devient une valeur en soi pour celui qui à l’engage, un moment de croissance et d’empowerment capable de renforcer la capacité à se projeter, à opérer ses propres choix, et à se sentir appartenir de plein droit à une communauté plus vaste.

Nous avons utilisé l’Arbre des Connaissances au sein de classes, en dessinant les contours d’une communauté de savoirs et en favorisant tout d’abord une prise de conscience personnelle à travers le récit de vie et des échanges de compétences ; au cours de ce processus, même les jeunes les moins solides sur le terrain scolaire ont trouvé un espace d’expression très important.

Au sein d’une classe, en réalité, l’arbre de connaissances peut afficher des modes d’évaluation plus rigides et extérieures à la communauté et mettre en mouvement des processus de reconnaissance, une transmission horizontale et la valorisation des compétences scolaires et extra scolaires, dont sont porteurs tous les enfants (avec des bénéfices évidents pour les plus menacés par le risque d’exclusion et de décrochage scolaire). Ici, même si nous avons dans le tronc des brevets classiques de l’école (les mathématiques, l’italien, etc…), nous avons également l’usage de la playstation, la connaissance du quartier, la connaissance d’un instrument de musique dans les branches ; les professeurs peuvent eux-mêmes demander à un élève de lui enseigner un brevet quelconque, ou de lui donner les indications pour l’acquérir.

C’est ainsi que cela s’est produit dans nos ateliers comme nous le verrons un peu plus tard.

Le travail au sein des ateliers s’est déroulé en trois phases :

  • La découverte de Soi : phase qui prévoit des moments d’auto réflexion sur les caractéristiques personnelles des jeunes, sur comment ils se voient, sur comment ils voient les autres, en inscrivant les caractéristiques de chacun qui viennent se positionner graphiquement dans les racines de l’arbre.
  • L’émergence des compétences : la phase centrale de l’atelier, la plus corposa, prévoyait un travail d’émergence des compétences, leur classement en “savoir”, « savoir faire » et « savoir être” par des jeux et des travaux de groupes, jusqu’à parvenir à l’élaboration des premiers brevets.
  • La construction de l’Arbre et la mutualisation des brevets : la dernière phase pévoyait la concrétisation du travail effectué dans les phases précédentes. Un bureau pour le dépôt des brevets a été créé, avec la monnaie du savoir le « neuro » ; Cette monnaie a favorisé les premiers échanges de brevets entre les jeunes. Dans le même temps, l’arbre s’est construit graphiquement, en positionnant les brevets par catégories et en définissant sa couleur en fonction du nombre de jeunes qui se les sont attribués.

Le parcours a été défini depuis le début avec les jeunes , métaphoriquement comme une chasse au trésor, dans lequel le trésor était constitué de leurs propres ressources et compétences en tant qu’individus et en tant que groupe.

A mi-parcours, les jeunes ont écrit une histoire qui représentait l’expérience de l’atelier jusque là. A la fin de l’atelier, en revanche, un parcours temporel en référence à « l’avant atelier », au présent et au futur ; d’autres moments de vérification ont été ensuite réalisés de manière différente entre les différents ateliers.

La typologie des brevets déposés a elle-même constitué un terrain de réflexion très important , de vérification du travail effectué, et des cordes qui ont été touchées. Dans les pages suivantes, nous analyserons ce qui ressort de ces moments d’évaluation.

Pour être en capacité d’évaluer l’efficacité de notre travail, nous sommes partis des objectifs fixés en phase de conception du projet, pour vérifier si les feedback des jeunes confirmaient que nous atteignions les objectifs, ou si au contraire, comme souvent dans les projets socio-éducatifs, d’autres objectifs non prévus se devaient d’être poursuivis.

En référence au projet déposé auprès de la Province de Rome : Les objectifs des ateliers d’émergence des compétences sociales appliquées à des groupes classe sur les différents territoires et aux élèves du Centre de Formation Professionnelle, seront les suivants :

-  • Valorisation des compétences sociales extrascolaires portées par les jeunes en risque de décrochage scolaire pour réactiver leur motivation et leur reconnaissance au sein du système scolaire.
-  • Faire naître un climat di appartenance et d’affiliation à la communauté de savoir que représente la classe.
-  • Construire des systèmes d’évaluation des compétences plus flexibles et incluant les compétences sociales et relationnelles.
-  • Favoriser les processus transversaux d’échanges de savoirs et de compétences au sein du tissu scolaire.
-  • Favoriser la communication entre l’école et le territoire.

Nous verrons combien de ces objectifs ont été relevés dans les témoignages des jeunes, lors de l’analyse des données issues des questions posées dans les classes.

dimanche 13 décembre 2009, par Chantal Lebrun


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