Proposition du Centre Lecture de Nanterre

Projet "Arbres de Connaissances" pour la Ville de Paris

Circonscription des Affaires Scolaires

Propositions du Centre Lecture à Nanterre pour le projet « Arbres de connaissances » de la ville de Paris. Circonscription des Affaires Scolaires des 13ème et 14ème arrondissements.

Sommaire :

  • 1 - Un regard sur les mises en place des arbres de connaissances avec les partenaires
  • 2 - Les obstacles et résistances à la mise en place
  • 3 - Les enseignements des expériences déjà menées
  • 4 - Des exemples concrets
  • 5 - Des propositions…en conclusion

Préambule

Le Centre Lecture à Nanterre est une structure de l’Education Nationale gérée par une association loi 1901, le GRAAL (Groupe de Recherche Action Autour de la Lecture). Il s’agit tout à la fois d’une structure de formation (organisation de « Classes Lecture » 1(1) et d’une structure d’expérimentation de dispositifs pédagogiques innovants.

Par la mise en place de ces dispositifs, le Centre Lecture à Nanterre tente de créer des dynamiques locales (quartiers, écoles, associations, organismes de formation,…) de mise en place de Politiques de lecture cohérentes et concertées s’appuyant sur 4 axes de travail :

Une pédagogie de projet en lien étroit avec l’environnement social. Un entraînement technique à la lecture par l’utilisation notamment de l’outil informatique (« Elmo », « Elsa », « Idéographix »…). Un travail de connaissance et d’appropriation de la littérature et des lieux de documentations. La production d’écrits de compréhension de ce qui se vit, en circuit court (produit par et pour les acteurs) et bref (production quotidienne).

Le Centre Lecture à Nanterre s’intéresse à tous les outils susceptibles d’aider à une plus grande efficacité des personnes dans le domaine du rapport à l’écrit.

Ainsi, à côté des outils proposés par l’AfL, nous travaillons quotidiennement sur des outils d’organisation des idées (« Mindman » 2(2) , des outils de cartographie de données textuelles (« Les Arbres de connaissances » ou « Gingo », « Umap » 3  (3), ou « Neuronav » 4 (4), tous objet d’un DEA). Ces outils soutiennent efficacement nos dispositifs d’aide à la construction de sens.

Depuis 1992, l’approche « Arbres de connaissances » tant dans sa philosophie que dans son instrumentalisation intéresse, intrigue et fascine. Cet attrait pour la mutualisation des richesses (compétences, savoirs, connaissances…) des collectifs ne doit pas pour autant nous masquer la difficulté de mettre en place des dispositifs sociaux où l’outil démultiplie les possibilités d’action des individus engagés dans ces dispositifs.

En d’autres termes, sentir puis comprendre l’intérêt de la démarche ne peut amener les équipes à faire l’économie d’une réflexion sur sa mise en place. Pour ce faire, il peut être nécessaire de répertorier et d’analyser les difficultés que les équipes déjà engagées rencontrent sur leur terrain de mise en œuvre.

1 - Un regard sur les mises en place des « Arbres de connaissances » avec les partenaires impliqués sur les quartiers.

L’essentiel, pour ne pas dire la quasi-totalité, des expériences menées sur les quartiers s’appuient sur l’utilité initiale du système « Arbre de connaissance », je veux parler de la « gestion des compétences » d’un collectif.

En bref, chaque individu d’un collectif se « traduit » dans le système en « blason » qui est constitué par la liste ordonnée des « brevets » (compétences) qu’il a en sa possession. La puissance de l’outil réside alors dans la représentation (l’Arbre) de l’ensemble des blasons de ce collectif. Chacun peut alors se positionner dans le collectif mais aussi et surtout interagir avec les autres membres pour modifier, enrichir, restructurer son propre blason. Nous sommes alors, grâce à l’outil, en mesure de rendre chaque personne acteur de son devenir au sein et grâce au collectif.

Cette vision idéale et initiale du projet « Arbre de connaissances » se heurte à quelques obstacles que j’ai pu moi-même rencontrer au cours des recherches sur le Centre Lecture à Nanterre. Je me permets d’exposer ces obstacles de façon à permettre, peut-être, aux futurs utilisateurs ou porteurs de projets de les éviter.

2 - Les obstacles et résistances à la mise en place.

Premier obstacle : le rapport au temps.

L’expérience nous montre que dans le schéma de mise en place autour de la gestion des compétences, l’ensemble des utilisateurs doivent attendre un temps plus ou moins important avant de pouvoir profiter de la puissance de l’outil. En d’autres termes, que ce soit lors de la conception (définition des besoins, des publics, des utilisations), et lors de la mise en place (saisie des données compétences, constitution des blasons, conception des indexations) un temps long s’écoule avant que l’on puisse profiter de l’aide de l’outil. C’est un peu comme s’il fallait imaginer, puis créer, structurer et enfin saisir les données d’une base d’informations avant de pouvoir profiter de la puissance de l’outil de gestion. Ce temps peut paraître supportable pour les convaincus du système (qui sont en général les porteurs du projet) mais ce n’est pas toujours le cas des individus qui sont sollicités pour alimenter le dispositif (élèves, stagiaires, habitants de quartiers, adhérents d’association).

L’effet retard de la richesse de l’outil est donc un des obstacles à sa mise en place au sein d’une population qui n’est pas censée avoir la même conviction ni la même information que ceux qui ont souhaité sa mise en place.

De manière simplifiée, les participants souhaitent renforcer leur propre mobilisation dans le projet collectif par une vision relativement rapide des apports de l’outil.

Deuxième obstacle : le rapport au langage.

Tous les concepteurs de « référentiels métiers » pourraient vous faire état de la complexité à formuler des compétences. Transformer ce que je sais faire en brevet, c’est-à-dire en phrase (l’intitulé) et en textes (description et modalité d’attribution) n’est pas permis d’entrée de jeu à tout le monde. Certes, les personnes peuvent émettre ces formulations mais encore faut-il que ces dernières puissent être appréhendées, comprises par les autres membres du collectif. Et cette confrontation d’intentions à dire entre l’émetteur du brevet et les autres membres ralentit encore la mise en place du système.

Transformer la vie en mots est un obstacle que chaque formateur, chaque enseignant, chaque citoyen, chaque personne rencontre très fréquemment. Et nul ne peut affirmer que la traduction d’une compétence en mots peut se faire sans difficultés.

Troisième obstacle : le rapport aux autres.

Le dispositif « Arbre de connaissance » nécessite la mobilisation d’un collectif, celui qui est concerné par les données collectées. Il nécessite cette mobilisation avant, dans l’idéal, de l’alimenter. Or, la plupart du temps, la mise en place de l’opération est aux mains de quelques individus la plupart du temps très bien intentionnés. Or la difficulté à rendre lisible, à court terme, la puissance du dispositif ne facilite pas le renforcement de la cohésion du groupe envers le projet. Ce passage de l’appropriation par quelques uns (les initiateurs) à l’appropriation par tous (le collectif) ne va pas de soi. Et il ne faut pas se cacher, non plus, que le risque persiste de voir les « découvreurs » de l’outil « Arbre de connaissance » en faire un outil de renforcement de leur propre position. Les exemples sont quelque peu fréquents de responsables de DRH qui utilisent la puissance de l’outil sans souhaiter la participation des opérateurs. De ce fait la puissance de l’outil renforce la puissance du puissant au lieu de renforcer la puissance d’action d’un collectif.

Les difficultés précédentes (rapport au temps et rapport au langage) peuvent, sans même que le responsable de projet le souhaite, amener à cette situation de repliement vers une gestion optimum des ressources au détriment du projet de conscientisation et de prise en charge par le collectif de sa propre vie.

3 - Les enseignements des expériences déjà menées.

L’ensemble de ces obstacles cités ci-dessus, au Centre Lecture à Nanterre, nous les avons rencontrées et vécues. Nous en sommes venus à envisager autrement l’outil « Arbre de connaissances » de façon à créer de réelles appropriations collectives pouvant aussi déboucher sur l’utilisation idéale et initiale.

- « Gingo » outil de gestion de la complexité. Analyser l’outil et le ramener à des fonctionnalités primitives et simples nous permet d’envisager sa puissance sous un angle élargi.

« Gingo » est un outil informatique qui gère et représente des listes ordonnés d’éléments. En d’autres termes, chaque fois que je peux envisager la complexité d’une réalité et la traduire sous forme d’une multitude de listes, « Gingo » peut intervenir non seulement dans la représentation de l’ensemble de ces listes (l’Arbre) mais aussi et surtout par ces fonctionnalités d’interrogation et de simulation d’interroger la base constituée.

« Gingo » est bien plus puissant qu’un simple gestionnaire de base de données puisqu’il ajoute aux fonctionnalités statistiques traditionnels des possibilités de représentation des données prenant en compte la proximité des éléments et la topographie de la complexité traitée.

- « Gingo » outil de cartographie. « Gingo », mais il n’est plus le seul dans ce domaine, crée une carte. La carte a un intérêt pour le collectif puisque chaque membre s’y retrouve à travers la liste qu’il a fournie. L’objet « carte » est un puissant outil d’abstraction de la réalité. Elle synthétise et rend compte d’une totalité sous une forme qu’il reste à interpréter. Et c’est là, sans doute, que se situe la plus grande richesse de l’outil. L’ensemble des données fournies par les participants se voient traiter par le logiciel et restituer sous forme d’une image que chaque membre doit encore « lire ». Par ailleurs, le collectif se trouve soudé et représenté par l’intermédiaire de cet objet qu’est la carte.

- « Gingo » outil d’aide à la création collective de sens.

« Gingo » donne les moyens à un collectif de créer du sens, de modifier le cours des choses par la mise en place d’une démarche quasi-scientifique se détaillant de la manière suivante :

-  1) Collecte des données (les listes)

-  2) Saisie de ces données

-  3) Traitement de ces données (Arbre, simulation, interrogation de la base,…)

-  4) Création du sens par la lecture de la carte

-  5) Formulation des savoirs découverts par le collectif.

(l’ensemble de cette vision est détaillée dans un texte : Habitants et « experts » de la vie de quartier)

(Note ultérieure à l’écriture de ce texte : Gingo est le nom du premier logiciel des arbres de connaissances, ce logiciel n’existe plus)

- Le rapport au langage et au temps.

La totalité des informations entrées dans l’outil est du langage. Nous avons vu et vécu la difficulté de transformer une réalité en langage. Notre expérience nous montre qu’il est profitable d’aborder la formulation sous sa forme la plus simple : la liste de mots. Cette forme ne nécessite pas, comme la phrase ou le texte, de constituer une cohérence d’emblée. La liste de mots dit une réalité sans forcer l’émetteur à créer une cohérence. L’outil « Gingo » (ou « Umap », « Neuronav » pour ne parler que ceux que nous connaissons) peut alors permettre au collectif et à chaque individu de créer la cohérence par le traitement qu’il effectue. Le vrac des listes de mots se transforme en carte qu’il faut, comme nous l’avons déjà dit, lire, interroger, interpréter. Ce faisant, on peut voir apparaître la formulation d’une cohérence (le brevet, par exemple) au plus près de la réalité de tous et de chacun.

Par ailleurs, la formulation de listes de mots a l’énorme avantage (diverses expériences illustrent cette approche. Notamment l’analyse d’une formation Emploi Jeune par la collecte quotidienne de mots clés.).

4 - Des exemples concrets.

Partant de cette analyse, en puisant dans les diverses pratiques du Centre Lecture, nous avons pu imaginer et réaliser des dispositifs susceptibles d’enclencher cette dynamique d’appropriation collective de l’outil. Nous les citons à titre d’exemples ou d’illustration des possibilités étant entendu que l’invention, en ce domaine, est une nécessité.

- Arbre pour l’écriture d’une histoire collective.

Public : Cycle 2 et 3 d’écoles élémentaires.

Objectif : Dispositif d’écriture d’une histoire collective qui prend en compte la richesse des idées d’une classe.

Méthodologie : Chaque élève écrit le début de l’histoire sur un thème donné. Il souligne les termes clés de son histoire. Chaque histoire est entrée dans « Gingo » sous forme de liste de mots (ceux soulignés par l’élève). Le logiciel donne à voir l’arbre de toutes les histoires. Le groupe classe interroge, analyse l’arbre produit. Le processus se reproduit 2 ou 3 fois.

Effets obtenus : A chaque exploration de l’arbre, les élèves prennent en compte tel ou tel élément, telle ou telle caractéristique qu’il réinvestit dans l’écriture de son nouveau texte. De proche en proche, l’arbre « prend du tronc », signe d’une appropriation par chacun d’éléments partagés devant figurer dans l’histoire puisqu’ils ont été choisis par la plupart. La rédaction finale n’est plus très loin.

- Arbre de ce que l’on sait sur un sujet.

Public : Groupe de maternelle, par exemple.

Objectif : Se rendre compte de ce que l’on a appris sur un sujet (expérience menée sur les dinosaures avec des moyennes sections de maternelle).

Méthodologie : A la fin d’une longue période de travail sur les dinosaures, la maîtresse demande à chaque enfant de faire un dessin qui récapitule tout ce qu’ils savent sur les dinosaures. La maîtresse légende chaque élément de chaque dessin d’enfant. Par petits groupes de 4 ou 5, les enfants viennent devant l’ordinateur pour saisir (sous forme de liste) ce qu’ils ont appris. L’arbre pousse, change de forme à chaque entrée de liste. Chaque enfant repart avec la copie imprimée de l’arbre et sa position dans ce dernier.

Effets obtenus : L’arbre final constitue l’encyclopédie de ce que sait la classe sur les dinosaures. Ils prennent conscience que ce qu’ils savent « fait pousser » l’arbre. Par ailleurs, l’ensemble de ces savoirs souvent ponctuels peuvent être analysés dans l’arbre et commencent à être classés en catégories (les noms des dinosaures, ce qu’ils mangent, les histoires de dinosaures dans les albums,…).

- Arbre de ce que la maîtresse voulait vérifier.

Public : Classe de cycle 3.

Objectif : Se rendre compte de ce que la maîtresse cherche à vérifier à travers les « contrôles » et évaluations. Mesurer pour le groupe classe et pour la maîtresse la clarté des objectifs perçus dans le travail scolaire.

Méthodologie : Chaque élève pour chaque contrôle formule ce que la maîtresse voulait vérifier. Les listes sont constituées par contrôle. Apparaît l’arbre de ce que la maîtresse voulait vérifier. La maîtresse entre aussi ses listes.

Effets obtenus : Un débat fort instructif dans la classe sur le problème de ceux qui ont réussi les contrôles sans pouvoir dire précisément ce que la maîtresse cherchait à vérifier ou à l’inverse ceux qui ont « raté » le contrôle mais qui pouvait dire très précisément à quoi il sert. Débat autour de qu’est-ce qu’apprendre ? Quand sait-on que l’on sait ?

- Arbres pour l’évaluation de l’exposition « Désir d’apprendre » à la Villette. Public : Toutes classes et groupes d’adultes.

Objectif : Se rendre compte de ce qui nous reste de la visite d’une exposition.

Méthodologie : Visite de l’exposition (libre ou ciblée sur un thème). Au retour constitution des listes de mots de ce que l’on ramène de cette visite. Constitution de l’arbre, discussion, interrogation, lecture de l’arbre collectif.

Effets obtenus : Réflexion poussée et mise en cohérence des différents éléments disparates que les uns et les autres ramènent de la visite. On se rend compte alors que les manipulations, les jeux, font l’objet d’une attention particulière et que les parties explicatives ne sont qu’évoquées sans trop de détails. Cela donne des pistes pour une seconde, voire une troisième visite plus ciblée de l’exposition.

D’autres exemples existent. Nous ne tenons pas nécessairement à être exhaustif ce qui a été tenté dans ce domaine. L’invention est, nous l’avons dit, une nécessité dans ce domaine.

5 - Des propositions… en conclusion

Ce qui précède permet de poser le cadre et l’esprit de ce que peut apporter le Centre Lecture à Nanterre dans le cadre du projet REP de la ville de Paris concerné par les « Arbres de Connaissances ». Le souci de « créer du lien » au sein des quartiers par et avec cet outil ne peut se dissocier, dans notre esprit, d’une réflexion et d’une vigilance sur la cohérence et la cohésion des dispositifs. En d’autres termes, « on ne fait pas des Arbres pour faire des Arbres » mais pour créer avec les habitants, les élèves, les jeunes une dynamique sociale où la recherche, la construction de sens sur ce qui est et se vit est l’essentiel.

Dans ce cadre, nous pouvons envisager notre proposition de collaboration sous les formes suivantes (liste non exhaustive et à discuter) :

  • Connaissance et prise en main technique du logiciel « Gingo » avec les personnes porteuses sur les quartiers.
  • Aide à la conception de projets d’utilisations scolaires, périscolaires et / ou de quartier en partenariat avec les différents acteurs.
  • Réalisation sur le terrain même des quartiers d’opérations « pilotes » pouvant alimenter la réflexion des acteurs et stimuler leur imagination.

Posté le 9 octobre 2000 par Robert CARON

lundi 2 novembre 2009, par Robert Caron

P.-S.

Bien que datant de 2000, cet article reste d’actualités, en particulier pour tout ce qui concerne les réflexions méthodologiques… Chantal Lebrun

Notes

(1) - Sur le modèle de celles inventées par l’Association Française pour la Lecture et l’Institut National de la Recherche Pédagogique - Equipe de Jean Foucambert - de 1987 à 1992 à Bessèges dans le Gard

(2) - MindManager est un outil de structuration, de gestion de l’information, un outil de créativité et un logiciel de présentation !

(3) - « Gingo » et « Umap » sont produits par la société Trivium

(4) - « Neuronav » est un outil conçu en lien avec l’Université de Paris 8, équipe d’Alain Lelu.


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